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31/03/2015

Cinquante nuances de peaux

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A la question «Qui es-tu?», la fiction radio «Les traîtres – Identités sexuellement transmissibles», d’Arte Radio, répond par une galerie de portraits qui sont autant d’indécisions.

On a beaucoup proclamé «Je suis» ces derniers mois. Je suis Charlie, je suis flic, je suis juif, je suis danois, je suis tunisien. Comme si la stupeur, l’émotion et le dégoût pouvaient suffire à constituer une identité. Comme si une identité basée sur des valeurs, sur des convictions, pouvait gommer toutes les différences. Mais une fois les banderoles repliées, une fois rentrés dans nos quartiers, dans nos maisons, dans nos familles, dans nos lits, qui sommes-nous?

Antoinette est Noire mais cela lui a toujours paru «naturel de sortir avec un Blanc».

Félix est Noir aussi, mais «pour se marier aujourd’hui», il préfère une Noire.

L’ex de Félix, Gülnaz, est «née en France mais 100% Kurde».

La patronne de Gülnaz, Elsa, aimerait bien que dans sa famille, on «arrête d’être Juif cinq minutes.»

Mathieu, «100% Français, Voltaire et gaudriole» se cherche désespérément des «origines».

Brahim, Kabyle, sait ce qu’il ne veut pas être: «un cliché».

Tous sont des «traîtres»: traîtres à leurs ancêtres, esclaves violées par des Blancs, Juifs persécutés, Kurdes massacrés, Kabyles marginalisés. La violence des mots que leur assène leur mère, leur pote, leur inconscient, le leur rappelle régulièrement. Lorsqu’ils se rencontrent, qu’ils s’aiment, qu’ils se repoussent, leur identité se trouble. Pourquoi suis-je attiré par «le rayon fruits exotiques», se demande Mathieu, qui se sent enfermé dans sa franchouillardise? Pourquoi Brahim, malgré son rejet de la tradition, n’envisage pas une seconde de sortir avec Elsa, qui est son «moi en juive»? Pourquoi Gülnaz veut absolument faire plaisir à ses parents en se mariant avec un musulman au détriment de ses sentiments? «Chacun cherche sa place mais personne ne la trouve. Le monde se mélange. Les identités se crispent», résume Brahim.

Pas de bien-pensance, pas d’angélisme, pas de «glorification du métissage» dans les mots des comédiens. Loin de chercher à être consensuel et à mettre le compteur du racisme à égalité entre toutes les «communautés», les auteurs de cette fiction ont simplement confronté de jeunes adultes à une question moins simple qu’il n’y paraît: si tu es libre d’aimer qui tu veux, si contrairement à tes parents ou tes grands-parents tu n’es pas obligé(e) de te marier dans ta communauté, que vas-tu faire de cette liberté?

«Je me sens mieux avec quelqu’un qui est un peu comme moi, mais pas exactement», dit Gülnaz. «J’aurais bien aimé être Juif», pense Mathieu. «Si ma famille savait que je sors avec un goy, elle me ferait chier jusqu’à la fin des temps», soupire Elsa. Leurs identités, «sexuellement transmissibles», ne sont pas des maladies. Mais elles peuvent provoquer des réactions épidermiques, voire des troubles de l’érection. Seul remède: écouter ces histoires de peaux entrelacées, sur le site d’Arte Radio ou ci-dessous.

Texte : Ilana Navaro & Silvain Gire
Avec : Julie Kpéré (Antoinette), Adama Diop (Félix), Karyll Elgrichi (Gülnaz), Lyes Salem (Brahim), Sarah Jane Sauvegrain (Elsa), Marina Tomé (mère d'Elsa), Pascal Sangla (Mathieu), Vincent Vabre (l'ami), Delphine Théodore (fonctionnaire), Leïla Guérémy (soeur de Brahim)
Prise de son : Arnaud Forest
Réalisation : Samuel Hirsch

23:20 Publié dans CULture | Lien permanent | Commentaires (0)

05/03/2015

«Beaucoup d’hommes tombent dans le piège de croire qu’ils ont un petit pénis»

 

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9,16cm au repos et 13,12cm en érection. En dessous de cette barre fatidique, les pénis sont-ils trop petits? Alors que les études sur la taille moyenne du pénis se multiplient, donnant à chaque fois une idée de la «normalité», certains hommes refusent de se laisser complexer par des mesures statistiques. Parmi eux, Ant Smith, artiste et poète britannique, qui organise ce samedi à Londres la «Big small penis party», la grande fête des petits pénis. Fier de son attribut de 2,5cm, Ant veut décomplexer les hommes, quelque soit la taille de leur membre.

La longueur du pénis, c’est une angoisse de taille pour les hommes?

L’angoisse sur la taille du pénis est très courante, à des degrés plus ou moins forts. C’est extrêmement difficile pour les hommes de l’accepter. Pour certains, ce n’est rien de plus qu’un sujet embarrassant quand la question de la taille refait surface ou quand ils sont dans un vestiaire. Pour certains, cela influence leurs actes: certains hommes évitent d’aller dans une salle de sport à cause de ça. Pour d’autres, c’est encore pire et ils se retrouvent à mettre fin à des relations plutôt que de passer «à l’étape suivante». Et au pire, l’anxiété crée des problèmes psychologiques qui peuvent mener au suicide.

Qu’est-ce qui provoque cette angoisse?

Nous sommes abreuvés d’images dans les médias, que ce soit la publicité ou le porno, qui nous disent plus on a un gros pénis, plus on est un vrai mec. Le monde regorge de jugements négatifs, par exemple quand on dit que les terroristes doivent avoir des petits pénis. La plupart des hommes finissent donc par mentir, arrondissent favorablement leurs mensurations ou ajoutent quelques centimètres. Cela contribue à augmenter la taille considérée moyenne et encore plus d’hommes tombent dans le piège de croire qu’ils ont un petit pénis alors qu’ils sont dans la moyenne ou au-dessus.

Pensez-vous que le porno ait un rôle important dans le développement de ces complexes?

Certainement, mais le porno est aussi utile car le fantasme est libérateur et éducatif. Le vrai problème est que nous avons perdu de vue la différence entre la réalité et le fantasme. Nous ne nous rencontrons plus autant qu’auparavant dans la vraie vie, les hommes ne voient plus très souvent d’autres hommes nus. En même temps, les médias ont pris beaucoup d’importance et, particulièrement dans la publicité, nous recevons de plus en plus d’images qui nous disent «les vrais hommes ont de gros pénis». Si les médias avaient une vision plus réaliste, ce serait plus facile de voir le porno pour ce qu’il est: du fantasme. Je ne fais en aucun cas campagne contre le porno, mais je milite pour rappeler aux gens qu’il y a une différence entre les faits et le fantasme.

Quel est le plus gros problème pour les petits pénis: l’estime de soi, les relations avec les femmes ou la comparaison avec les autres hommes?

Cela affecte certainement l’estime de soi. Les hommes sont poussés à se sentir moins virils à cause de leur petit pénis. Concernant les femmes, quand on les interroge sur la taille du pénis, la plupart préfère une taille moyenne ou légèrement supérieure à la moyenne. Quelques femmes aiment les très gros pénis, mais pas toutes. Toutefois, quand on demande à une femme ce qui est important dans une relation, le pénis n’est pas souvent le critère numéro un. Une étude révèle que les femmes classent la taille du pénis comme la 9e chose importante dans une relation. Donc la taille compte, mais seulement un peu. Il est important d’être honnête: certaines femmes m’ont dit que mon pénis n’était pas petit, mais avec 10cm en érection je sais qu’il l’est et me dire le contraire n’aide pas. Je ne crois pas une femme qui me dit cela. En revanche, si une femme me dit: «Oui, tu as un petit pénis, et alors? Amusons nous quand même!», je peux croire ça!

Avez-vous été la cible de moqueries?

Oui. Parfois dans des urinoirs publics, dans un pub par exemple, d’autres hommes ont ri ouvertement. Au repos, mon pénis mesure environ 2,5cm, la moyenne étant trois à quatre fois supérieure.

Ces moqueries peuvent-elles avoir des impacts psychologiques?

Une simple recherche Google sur «petit pénis suicide» fait remonter 840.000 articles, dont celui évoquant un jeune de 18 ans qui s’est suicidé à cause de cela. Des hommes m’ont écrit pour me décrire leur dépression. C’est un problème majeur mais il n’y a encore jamais eu d’étude démontrant le lien entre la taille du pénis et la dépression.

Que diriez-vous à un homme complexé par la taille de son pénis? Et à quelqu’un qui s’en moquerait?

Tout d’abord, l’humour est important et il y a des choses drôles dans le fait d’avoir un petit pénis. Devoir partir à sa recherche quand il fait froid et qu’il a totalement disparu, ou faire pipi est drôle en soi. Mais avoir un petit pénis ne fait pas de moi un être moins humain. Tant que l’humour n’est pas cruel, rions! Aux hommes angoissés, je leur dis: la peur que vous ressentez d’être débusqués est pire que la réalité. Tous les gens que je connais savent maintenant que j’ai un petit pénis et cela n’est pas un problème. Soyez ouverts et honnêtes, troquez votre peur contre la liberté. Une fois que les gens connaîtront votre crainte, la grande majorité vous soutiendra, les gens sont dans l’ensemble corrects. Et si certains ne le sont pas? Alors vous saurez que ce ne sont pas des gens convenables et vous pourrez les rayer de votre vie!

Pensez-vous que des femmes viendront à votre soirée? Et des hommes avec des gros pénis?

C’est un sujet plus grave pour les hommes que pour les femmes. La plupart d’entre elles sont d’un grand soutien et elles viendront pour montrer leur solidarité. Je suis certain que beaucoup d’hommes avec des pénis moyens ou gros ont aussi des angoisses, des hommes parfaitement équipés viendront à la soirée et se sentiront soulagés quand ils verront d’autres hommes avec des beaucoup plus petits pénis dire «Et alors?»!

24/02/2015

«Le fist-fucking exige une forme de délicatesse»

 

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Cette pratique sexuelle reste encore mystérieuse pour le grand public. Dans Fist (La Découverte, 13€), Marco Vidal, un écrivain et prof de philosophie aborde de front ce plaisir tabou du fist-fucking. Soit un ouvrage érudit, passionnant et bien écrit sur une pratique qui consiste à introduire une main dans un rectum. Interview d’un auteur sous pseudonyme.

A vous lire, le fist-fucking serait une pratique très récente, les rapports Kinsey ne l’évoquent pas. Quelles sont ses origines?

De la sexualité, on a des traces littéraires, des documents, mais aussi des iconographies, des estampes orientales, des vases grecs… Pour moi, le document clé qui montre que le fist-fucking a émergé en Californie dans la deuxième moitié du XXe siècle, c’est une étude de l’anthropologue américaine Gayle Rubin. Elle s’est intéressée à un club privé, créé par Steve McEachern, arrivé à San Francisco pour vivre sa sexualité. En 1975, il a décidé de créer un lieu pour les plaisirs de l’époque, Les Catacombes, au sein duquel une pièce, le Donjon, servait au fist. Cette pièce s’est rapidement agrandie pour devenir jusqu’en 1981, le point de ralliement des adeptes du fist-fucking.

La pratique ne semble pas liée à l’orientation sexuelle ni au genre, pourquoi?

Tout le monde a une main et un trou du cul. Cela crée pour chaque individu, indépendamment de son sexe, deux possibilités, d’être fisteur ou fisté. Dans les débuts du fist-fucking aux Etats-Unis, Steve n’hésitait pas à faire venir des femmes dans ce milieu gay. A l’inverse, Cynthia Slater, une femme qui organisait de grandes party féminines et lesbiennes, n’hésitait pas à inviter Steve. Jj’ai découvert cette pratique dans une interview d’un gars hétéro, qui fréquentait les homos, parce qu’il trouvait plus facilement chez les garçons que chez filles des personne pour le fister. C’est illustratif d’une pratique qui gomme les frontières de sexe et de genre et n’enferme pas les gens dans une identité ni dans une communauté.

D’ailleurs, selon vous, le fist-fucking ne serait pas une pratique SM…

Historiquement, le fist s’est développé dans les lieux plutôt marginaux, comme ceux consacrés au bondage SM. Il en d’ailleurs repris le langage top ou bottom, maître ou esclave. Mais dès cette époque, on voit apparaitre une divergence. Les pratiquants du SM ne comprennent pas le fist car ils ne retrouvent pas les rôles dominé-dominant aussi affirmés et ne comprennent pas la forme de délicatesse que le fist exige. Car s’il y a pénétration, il faut aussi des précautions. Le SM est une érotique de l’exagération. Dans le fist, il n’y a pas de décorum, ni de théâtralité, pas de cuir ni de chaînes. Le fist est presque abstrait, c’est juste une main qui pénètre un rectum. Certes, il y a des formes de fist qu’on voit dans le porno et qui se rapprochent du SM sur le plan de la performance, où il s’agit d’aller le plus loin possible. Dans ce sensationnalisme, on retrouve le côté ostentatoire du SM.

Le fist ne s’embarrasse pas de cuir ni de chaînes, a-t-il néanmoins des accessoires?

Deux éléments sont à associer au fist. D’abord le gel. Le Crisco et le J-Lube ont ainsi été détournés de leur usage d’origine. Le Criso est au départ une margarine qui a deux avantages. Elle est dans une boite métallique assez large pour y mettre la main, puis elle fond à la température du corps. Le J-Lube, lui, à base de glucose, servait à l’insémination des bêtes d’élevage. Facile d’utilisation, il n’est pas gras et ne tache pas. L’autre élément, ce sont les poppers, des vaso-dilatateurs, qui augmentent la circulation sanguine et produisent un effet de dilatation des sphincters.

Pourquoi selon vous le fist-fucking demeure une pratique taboue?

Parce qu’il y a dans la pénétration du corps par la main, clairement une puissance criminelle. Le fist ne s’est pas émancipé de ces images criminelles, comme l’empalement. Car on peut tuer quelqu’un avec un fist. Il faut savoir que la muqueuse des intestins est mince comme une feuille de cigarette, donc il y a risques de perforation et d’infection. Quelque chose de très noir pèse encore sur le fist-fucking. J’ai essayé de montrer dans mon livre que cette pratique ne peut avoir lieu qu’avec une profonde délicatesse.

Propos recueillis par Joël Métreau

 
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