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04/06/2015

Une heure chez John B.Root

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On entre par une cour comme il en existe des centaines dans le 11e arrondissement. Un marchand de meubles, quelques plantes vertes, plusieurs escaliers. Sur la porte, son état civil: un nom et un prénom banals, qui peuvent rappeler des souvenirs de lecture aux vieux abonnés à J’aime lire ou Je bouquine. Si aujourd’hui on sonne à la porte de l’auto-rebaptisé John B.Root, c’est aussi pour une question littérature: le plus célèbre réalisateur de porno français publie le 4 juin un roman intitulé Le pornographe et le gourou.

Larsens littéraires

On l’interrompt en plein montage d’une version soft d’un de ses innombrables films. En pleine crise du porno, John B.Root bosse dur pour ne pas sombrer. Seul, depuis qu’il n’a plus les moyens d’employer du personnel. Et à la maison, dans un bureau propret à côté de sa chambre. «En ce moment, je fais un film par an pour Canal+, je bosse pour mon site internet,explicite-art.com, et le magazine. Cela signifie deux tournages par mois et le traitement des photos. Et entre les deux, j’écris des bouquins». 

Et il écrit très bien. Le personnage principal du roman, Valentin alias Paul Forguette, est réalisateur de pornos. Tiens donc. Traumatisé par une mère toute-puissante et revenu des psychanalystes. Déprimé par l’impossibilité de faire du beau porno dans un marché accaparé par les réalisations amateurs bas de gamme. «On ne saura jamais quelle part de moi il y a en lui, nous dit John B.Root. Il y a des choses qui sont autobiographiques, comme sa famille et le fait de devenir pornographe pour échapper à sa mère, mais Valentin, c’est moi en pire: plus traumatisé, plus dépressif, plus mystique… J’ai poussé tous les potards à fond pour que ça fasse du larsen.» Ce n’est que lors d’un voyage en Inde, après la rencontre avec un gourou méditato-médiatique, que Valentin va réussir à accorder ses violons internes. «La déprime, c’est l’énergie basse», explique John en se mettant au piano pour illustrer les  accords et désaccords de notre âme avec le monde. On dérive sur du Satie, comme ça. «Je suis complètement autodidacte en musique.» Respect.

Coup de pied au cul

La méditation, c’est ce qui a permis à John B.Root de tenir le coup seul dans la maison du Cap d’Agde où il a vécu pendant deux ans. Seul avec Diogène, son petit chien blanc qui vous fait la fête en arrivant. «Là-bas, en été c’est très amusant, mais l’hiver, c’est une vie de gardien de phare», confie-t-il. La solitude, un thème qui revient dans une chanson qu’il a composée et qu’il nous fait écouter. Et qui revient aussi dans sa bouche quand on parle de ses goûts cinématographiques. «Je ne peux pas aller au cinéma tout seul, je ne le vivrais pas bien, mais je regarde beaucoup de films sur ma télé.» Son dernier coup de cœur: Interstellar. «J’ai pleuré et tout, je l’ai vu quatre fois pour comprendre.»

Sur la grande table du salon, où le B.Root cuisinier «spécialiste de la queue de taureau» rassemble ses amis autour de grandes bouffes, trône un Bouddha. «Acheté 5 euros à Super U». Peu importe. «J’ai fait deux ans de psychanalyse mais ça ne me convenait pas: les psys rejettent toujours la faute sur les autres, vous disent que vous êtes formidable mais que si vous allez mal c’est de la faute de votre mère, de votre père… Ensuite j’ai essayé l’hypnothérapie. Et enfin j’ai rencontré une spécialiste des plantes, qui m’a forcé à lire mon premier bouquin sur la méditation: ça m’a troué le cul.» Et surtout, il a pris le coup de pied au cul qui lui manquait: «Personne ne sera heureux à notre place, c’est à nous de faire le boulot.»

Bourreau de travail

John B.Root fume cigarette sur cigarette. «Bon, quand je fais les respirations pour méditer, je sens que c’est pas terrible les poumons, parce que je fume trop.» Il a ça en commun avec deux hommes qu’il admire: Gainsbourg et Houellebecq, qu’il a rencontré il y a quelques années. «On s’est rien dit. On a bu de la bière pendant 3h, j’étais bourré, lui aussi. Il m’a parlé de Mauriac, j’en avais rien à foutre, j’ai pas lu Mauriac.» Un bon souvenir malgré tout. «C’est mon auteur français préféré», nous dit-il, et ce n’est pas étonnant après la lecture de son roman où la misère sexuelle côtoie le mystique sous des latitudes tropicales. On lui demande s’il est allé en Inde pour la rédaction. «Oui, avec Google maps, c’est génial.» Bien sûr, il aimerait y aller, mais là tout de suite, il faut être «moins con que Valentin», son personnage, et tenir la barre.

Tenir la barre, ça veut dire faire des photos, des films, remonter des films… B.Root adore les tournages, ces moments «où l’on partage le plus intime» avec la «famille du cirque» du porno. «Les culs, les bites, les chattes, ce sont ceux qui regardent les films qui les voient, nous on s’en fout complètement.»  Ce qui le fait bander lui, ce sont les difficultés techniques, l’ambiance du tournage, le texte… «Je peux encore me branler sur du porno mais pas sur les miens», confie-t-il. Le montage des films n’est pas une partie de plaisir. «Je passe des semaines dans des anus dilatés tout seul ici». La solitude du créateur, non, pas pour lui, merci.

Amoureux des femmes

On se sent bien chez John B.Root, même si on aurait préféré ne jamais savoir ce qui s’est passé sur le canapé où l’on est assis et que la table basse du salon n’a pas connu l’ajax vitre depuis 1992. Ça n’a aucune importance, «la matière n’existe pas», nous dit-il. «Tout ça, c’est du vide et de l’énergie». John B.Root est attachant et le courrier qu’il reçoit le prouve. «30% des lettres sont écrites par des femmes qui veulent me rencontrer, poser pour moi ou libertiner avec moi mais là elles se trompent. Je reçois aussi des lettres d’actrices qui veulent tourner avec moi, je n’ai jamais eu à chercher, elles trouvent que ce que je fais leur ressemble.» Sûrement parce qu’il met un point d’honneur à ne jamais mettre les femmes dans des situations de soumission face aux hommes et qu’il préfère les héroïnes fortes. «La majorité des réalisateurs de porno présentent des femmes objets qui ouvrent la bouche et le cul et disent merci. C’est fait pour des mâles qui doutent d’eux-mêmes. Mais est-ce que tu peux baiser avec une femme que tu considères comme un objet? Je veux bien qu’on me traite d’obsédé mais si on me traitait de misogyne, ça me donnerait envie de pleurer.»

John nous propose un whisky. On doit filer, malheureusement. On serait bien resté encore un peu pour discuter de métaphysique, de psychanalyse et de la limite des trois phalanges imposée par Canal. Il nous offre deux DVD, «si on a un mari qui aime le porno». On n’a pas de mari, mais on les regardera. Peut-être d’un œil différent en pensant à celui qui a «accepté de se mettre dans le ghetto» du porno et «d’être victime de tous les préjugés sur ceux qui le font». Une heure avec John B.Root suffirait à changer le regard de ceux-là. On descend ensemble, avec Diogène, tout content de sortir faire sa crotte du soir.  Le soir tombe sur Bastille, il va aller dîner en terrasse pour sortir un peu de son appart-bureau. On se sent un peu comme ces gens émus de le rencontrer en vrai («Ils me doivent des branlettes») ou ces jeunes filles qui ont insisté pour faire des photos pour lui. «C’est en étant gentil qu’on obtient le plus», nous dit-il. Pornographe ou gourou, ou les deux, ou ni l’un ni l’autre? John B.Root en dit beaucoup sur lui mais reste un mystère. Tant mieux, c’est ça qui attise le désir.

Le Pornographe et le Gourou, John B.Root, parution le 04/06/2015.

19:08 Publié dans CULture | Lien permanent | Commentaires (0)

16/04/2015

Les femmes dessinent le pénis «idéal»

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On avait laissé nos hommes dans l’embarras face à une page blanche sur laquelle ils devaient représenter le sexe féminin. Leur vengeance est arrivée: le magazine Elite Daily a demandé à des femmes de dessiner un pénis. Mais attention, pas n’importe quel pénis: le pénis «idéal». Grandeur nature. Et là, les femmes s’avèrent aussi peu réalistes que les hommes: l’idéal se situerait entre 15 et 18cm pour ses dames, alors que la moyenne (en érection) est plus proche de 12cm. Leurs dessins représentent donc des sacrés braquemards qu’elles ne devraient pas croiser très souvent. On a le droit de rêver.


15/04/2015

De "Sex and the city" à "Game of thrones"… «Une femme qui jouit, ça reste tabou»

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Iris Brey a étudié la représentation de la sexualité féminine dans les séries télé. Elle donnera une conférence le 20 avril dans le cadre du Festival Séries Mania au Forum des Images (Paris 1er)…

 «Samantha, tu es toute rouge! Tu as fait un masque?» «Oh non! Je me suis masturbée tout l'après-midi.» Du Samantha tout craché. Comment ça, qui est Samantha? Sex and the city, Samantha la baiseuse au grand cœur, celle qui fait rire toute la bande de new-yorkaises avec ses innombrables conquêtes et ses commentaires sans tabous sur toutes les situations sexuelles dans lesquelles elle se fourre. Vous la remettez?

Diffusée aux Etats-Unis à partir de 1998, la série Sex and the city a été une des toutes premières à aborder la sexualité de manière aussi frontale. «C’est la première série qui ait utilisé la sexualité comme fil rouge de l’histoire, commente Iris Brey. Il n’y a rien de révolutionnaire dans sa manière d’en parler mais au elle met à jour quelque chose qui était transparent avant dans les séries: le fait que les femmes ont une sexualité.»

Si le sexe n’était pas absent des séries avant la fin des années 1990, il n’était qu’un élément annexe de l’intrigue. Et parfois une preuve de perversité, comme dans cet extrait de Dallas où la machiavélique Sue Ellen avoue à JR qu’elle l’utilise comme un jouet sexuel.


Sue Ellen tells JR that she used him for sex... par Sunter1

«Il y a encore des choses très contradictoires dans certaines séries, comme Mad men ou Game of thrones avec des personnages féminins très forts et en même temps une vision parfois très réductrice de la sexualité dans les scénarios, estime Iris Brey. Dans Game of thrones par exemple, on voit surtout les femmes subir la sexualité». Même si quelques leçons de plaisir sont dispensées par-ci par-là.

Pour Iris Brey, la véritable rupture dans le traitement de la sexualité féminine dans les séries est venue de Girls, la série créée en 2012 par Lena Dunham. «Girls a commencé à montrer une nouvelle sexualité féminine pas si facile qu’elle pouvait en avoir l’air dans Sex and the city où lorsque ça se passait mal, cela donnait lieu à des conversations très drôles mais où aucun problème de fond comme le viol ou l’avortement n’a jamais vraiment été abordé», commente Iris Brey. La série a aussi été une révolution dans la représentation du corps féminin: loin d’être un canon de beauté, Lena Dunham s’est imposée comme la représentante de toute une génération de jeunes filles qui refusent de se laisser imposer des standards esthétiques.

«Dans Girls, on voit une sexualité balbutiante avec une jeune femme d’une vingtaine d’années qui réalise ce qu’elle aime, ce qui lui manque, qui a un cheminement intellectuel pour trouver ce dont elle a envie pour sa sexualité. C’est une première, car hormis la découverte du fameux Rabbit par Charlotte dans Sex and the city, on avait affaire à des femmes plus âgées déjà rodées à la sexualité», explique Iris Brey.  

Climax de la sexualité féminine sur le petit écran, la série Masters of sex, diffusée depuis fin 2013, retrace les recherches de deux médecins à l’origine de la première grande étude sur la sexualité. Inspirée de l’histoire vraie de Bill Masters et Virginia Johnson, la série pose des questions jamais évoquées auparavant: «Grâce au coté médical on arrive à parler de choses comme l’orgasme clitoridien et l’orgasme vaginal. Les costumes des 1950-60 permettent aussi de faire passer des messages et des questions qui restent actuels: Qu’est-ce qu’un orgasme féminin? On ne sait toujours pas, et la série n’apporte pas de réponses, elle ne fait que donner des clés pour mieux appréhender le plaisir féminin», commente Iris Brey.  

Regardées par des millions de personnes à travers le monde, les séries américaines pourraient avoir un impact non négligeable sur la manière dont les femmes envisagent leur sexualité, estime la spécialiste. «Cela ouvre un espace pour pouvoir en parler et permet d’avoir des références visuelles sur la sexualité féminine, à mi-chemin entre les scènes classiques de missionnaire au cinéma et les films porno. Ces séries apportent un nouveau langage pour parler de sexe, que l’on n’avait pas forcément avant car une femme qui jouit, ça reste tabou.»

17:04 Publié dans CULture | Lien permanent | Commentaires (0)

 
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