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24/05/2013

La cerise sur le gâteau

Sur les traces du plaisir – épisode 5

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Dans cette course à l’orgasme, on commençait à s’essouffler. Il était temps de récupérer un peu. C’est Elisa Brune qui nous donne la première bouffée d’air. «Il faut absolument sortir la sexualité du champ de la performance dans lequel nous sommes plongés continuellement dans tous les domaines de la vie, explique la journaliste. Une des conséquences de cette idée de réussite est qu’on est absent de son corps  et du moment présent, on est projeté dans un résultat qu’on essaye d’obtenir. Le cerveau se déconnecte du corps et alors qu’on pourrait avoir des sensations formidables, on passe à côté.»

Chacun fait ce qui lui plaît

La preuve, le sexologue Jacques Waynberg voit beaucoup de femmes se déclarer anorgasmiques (c’est-à-dire ne prenant aucun plaisir) voire frigides (faux ami qui signifie qu’on ne ressent aucun besoin sexuel et non que l’on est insensible) alors qu’elles ont simplement affaire à un partenaire peu attentif et/ou qu’elles ont effacé de leur mémoire corporelle les orgasmes qu’elles ont pu connaître en se caressant seules. Seule solution, se remettre à explorer avec délice les multiples plaisirs que le corps féminin offre: «La femme est une surdéveloppée érotique, blague Gérard Leleu. Elle a deux fois plus de tissus érectiles que l’homme, et nécessite donc plus de stimulation.»

Néanmoins, il ne faut pas se mettre à trifouiller tous les boutons pour trouver l’ascenseur direct vers le septième ciel. «Il ne faut surtout pas que l’orgasme devienne un diktat, rappelle Elisa Brune. On peut très bien vivre une vie sans orgasme, voire sans sexualité, et s’en trouver très bien. C’est un mauvais plan de le vouloir absolument et de le chercher, comme si on avait une obligation de réussite.» Pas de stress donc, on peut tout à fait prendre du plaisir autrement qu’en jouissant bruyamment. «Certains couples se basent sur l’attachement l’un à l’autre et se contentent de 2 ou 3 rapports par trimestre, explique Jacques Waynberg. Avoir des relations sexuelles ne doit pas être une obligation. Il n’y a que si leur absence menace l’équilibre du couple qu’il faut consulter un sexologue

Nos copines de Rosny-sous-bois (cf billet précédent) sont d’accord: Laura* admet qu’avec son premier compagnon, avec qui elle a vécu quinze ans, le sexe n’était plus le même à la fin de leur relation. «On devient un peu lasse, on n’a plus envie de faire l’amour tous les soirs, mais il y a une autre forme de complicité qui s’installe», avoue-t-elle. «On peut prendre son pied autrement, pourquoi pas avec des sex-toys», poursuit Martine*, une élégante femme de 39 ans. «Pour moi, le critère de l’épanouissement sexuel est de se sentir libre, nous confie Elisa Brune. Si on veut quelque chose, on s’autorise à le faire, si on ne veut pas, on peut refuser. Ça n’a rien à voir avec le type de sexualité, la fréquence, le nombre de partenaires, le nombre d’accessoires, peu importe, chacun son style.»

Battre, fouetter, émulsionner et déguster

La recette du plaisir, que tout le monde pourrait concocter à la maison, n’existe donc pas. En revanche, il faut être deux pour en cuisiner correctement les ingrédients et chacun doit accomplir ses tâches consciencieusement en indiquant à l’autre s’il préfère mettre un peu de sel ou doubler la dose de sucre. Le gâteau peut ne pas être parfait, l’important est qu’il y ait un gâteau: «On a tous intérêt à faire des essais, des erreurs, des expériences, à être des explorateurs, rassure Elisa Brune. Si on n’atteint pas l’orgasme, ce n’est pas grave du tout, la sexualité ce n’est pas que ça, loin de là. S’il y a un orgasme, tant mieux, c’est la cerise sur le gâteau.»

Il était donc caché là, le plaisir. Dans le moule à gâteau. Dans le plaisir de faire quelque chose ensemble, pour régaler l’autre et soi-même, pour saliver et se lécher les babines, pour partager et se régaler. A votre tour de mettre la main à la pâte.

*Les prénoms ont été modifiés.

Lire les épisodes précédents :

Des femmes «comblées» (1)

«Les femmes désirent le désir de l’homme» (2)

Il était une fois, le vagin (3)

La trique, c'est pas automatique (4)


Mes partenaires d'enquête méritaient bien ça...

Un grand merci à Gaëlle pour sa gentillesse, son énergie et sa voiture où des sex-toys se rechargent sur l’allume-cigare.

Merci à Elisa Brune pour son féminisme éclairé.

Merci à François pour le billet de train pour Bruxelles.

Merci à toutes les personnes interrogées pour leur disponibilité.

Merci à Georges Brassens pour sa pipe et sa moustache.

 

23/05/2013

La trique, c’est pas automatique

Sur les traces du plaisir – épisode 4

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Les hommes s’y connaissent en mécanique. Et ce ne sont certainement pas les sexologues qui vous diront le contraire. «Il y a une grande asymétrie entre les hommes et les femmes: chez l’homme, le plaisir est automatique, qu’il fasse l’amour avec ses doigts, avec une femme ou toute forme de cavité, son orgasme survient en quelques minutes quand celui de la femme se compte plutôt en quarts d’heures…», indique le sexologue Gérard Leleu. On pourrait donc les penser vernis. Il n’en est rien. «Le problème de la sexualité masculine est le piège de la facilité, explique son confrère  Gérard Waynberg. Si l’on s’en tient au strict programme biologique, il y a une récompense assurée qui est le plaisir automatique de l’éjaculation.»

Les hommes, des «smicards du sexe»

Le problème, c’est que beaucoup d’hommes se contentent d’être «des smicards du sexe», estime Gérard Waynberg, et passent à côté de relations qui dépassent cette satisfaction de base. «La relation sexuelle peut être de très mauvaise qualité même si ça a fonctionné mécaniquement, reconnaît Alexandre Roth, coach en séduction et conseiller en image pour hommes. Parfois le mécanisme marche mais on se demande ce qu’on fait là…» Parmi les choses qui peuvent gâcher le plaisir masculin, la pression est en pole position: «Les hommes n’ont souvent pas le détachement nécessaire par rapport à la pression du résultat pour prendre réellement du plaisir, poursuit Alexandre Roth. On leur demande d’être capable de donner des orgasmes, de ne pas avoir de panne, d’être performant… Ca fait flipper pas mal d’hommes.»

Et oui, mesdames, être l’objet de monsieur et le laisser maitre du jeu n’est pas forcément un cadeau à lui faire. «C’est alors de la responsabilité de l’homme si ça marche ou si ça ne marche pas, renchérit Elisa Brune. Et c’est terrible pour eux car on leur donne un rôle d’étalon, ils doivent être d’une puissance sexuelle sans faille, bref c’est un rôle impossible

Devenir un homme riche (en talent)

Pour passer du SMIC à un salaire de cadre sup’ et de la pression au partage, pas de secret: il va falloir bosser. «Il faut érotiser la sexualité, donc avoir les moyens et le talent pour compliquer et enrichir le programme de tout ce qui n’est pas sexuel, tous les plaisirs qu’on va tirer avant d’éjaculer», explique Jacques Waynberg. Mais le travail doit être équitablement réparti entre les sexes: «Les mâles font un boulot fou contre nature pour ne pas jouir alors que les femmes doivent faire un boulot fou pour jouir. Et les deux ensemble, il faudrait que ce soit un chef d’œuvre!», s’exclame Gérard Leleu.

C’est qu’il en faut des entraînements avant de remporter une médaille olympique. Et puis finalement, si on renonçait à la médaille? «On en vient à se comparer à une sorte de tableau d’athlétisme, où il faut avoir le point G, l’éjaculation, les orgasmes multiples et puis quoi encore…», nous dit Elisa Brune. Quoi, on pourrait vivre sans orgasme? Sans être une «bête de sexe»? Retournons donc à Bruxelles voir si un pays qui sait vivre sans gouvernement peut aussi vivre sans prendre son pied.

22/05/2013

Il était une fois, le vagin

Sur les traces du plaisir – épisode 3

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Les petites filles adorent les contes de fées. Ceux qui parlent de princesses endormies et de beaux princes charmants qui viennent les chercher sur leur cheval blanc. Mais à la fin, rien ne dit s’ils se marièrent et eurent beaucoup d’orgasmes. Une chose est sûre, la princesse n’a pas intérêt à compter sur le prince pour l’emmener au septième ciel: «L’homme est un ignorant sur le plan de la sexualité féminine, assène le sexologue Gérard Leleu. Il fait sur elle ce qu’il fait seul sur sa verge, à savoir un mouvement violent de va-et-vient. La femme doit donc lui enseigner comment lui donner du plaisir, mais pour ça il faut qu’elle se connaisse.» Socrate n’aurait pas dit mieux.

Osons le vagin

L’orgasme, ça ne tombe pas tout cuit dans la bouche, pense également Elisa Brune (cf billet précédent). «Je pense qu’il n’y a pas de sexualité épanouie sans une vraie éducation, explique la journaliste. Les romantiques disent qu’il faut aller à l’instinct, que ça vient tout seul, mais ce sont des idées reçues. La seule chose qui puisse être innée, éventuellement, c’est la procréation, l’accouplement au sens animal du terme. Mais la sexualité n’est pas innée.» L’apprentissage peut bien sûr passer par des lectures ou des conversations, mais l’étape la plus importante reste celle des travaux pratiques. «La femme peut déjà se rendre plus sensible en se stimulant elle-même avec les doigts ou des sextoys», conseille Gérard Leleu.

Mais attention, pour celles qui s’exercent, la satisfaction d’arriver «facilement» à un orgasme clitoridien ne doit pas faire oublier que ce n’est que la partie émergée de l’iceberg. «Beaucoup de femmes croient que tout est dans le clitoris et ne sont pas prêtes à expérimenter ou chercher du côté du vagin», renchérit Elisa Brune, qui aimerait qu’après la campagne «Osez le clito», on «Ose le vagin». Mais qu’est-ce qu’il pourrait bien y avoir à trouver dans cet organe qui ne procure d’orgasme qu’à une minorité de femmes? «Les femmes peuvent ne pas savoir que le vagin apporte quelque chose car dans un rapport sexuel traditionnel, l’homme fait un mouvement de piston qui le fait jouir mais qui n’est pas adéquat pour éveiller la sensibilité du vagin, explique Elisa. Il faut travailler le vagin autrement, l’explorer pourquoi pas avec des sex-toys ou conscientiser son partenaire qu’il y a moyen de faire d’autres mouvements avec des angles et des vitesses différentes, de manière à ce que la zone qu’on a appelé point G se sensibilise».

Le point G existe, je l'ai rencontré (ou presque)

Ah! Le revoilà, lui. Le point G, mythique et angoissant, source de nombreuses études et polémiques, mais encore bien souvent inconnu au bataillon. Certains sex-toys sont maintenant labellisés «spécial point G», pour aider les femmes à le trouver. On pose innocemment la question à nos copines réunies pour une vente de jouets (cf billet précédent): alors, vous l’avez trouvé? Petits «non, mouainon» marmonnés dans l’assistance. Gaëlle, la démonstratrice, a recueilli les confidences de dizaines de femmes et rassure tout le monde: «Très peu de filles ont trouvé leur point G, mais souvent c’est parce qu’elles ne savent pas du tout où il se trouve et comment le stimuler. Je leur explique aussi qu’aucune femme n’est que clitoridienne ou que vaginale.».

Les filles, y a du taf. Une fois que vous en aurez fini avec les travaux manuels, il faudra aussi faire un travail plus intellectuel, qui consistera à se défaire de tout ce que la société a marqué au fer rouge dans nos inconscients, pense Elisa Brune. «Il y a toujours une culpabilisation, une diabolisation de la sexualité, le sentiment que c’est sale ou honteux. Les femmes sont aussi très marquées par l’idée de jugement, de plaire à l’autre, de l’image de soi, et c’est un verrou qui bloque le lâcher-prise nécessaire à la jouissance. C’est finalement une responsabilité personnelle d’arriver à être plus forte qu’un conditionnement. Les femmes devraient découvrir qui elles sont par leurs sentiments, émotions, sensations personnelles. Dans ce que nous sommes, il y a notre sexualité, qui n’est pas celle de la voisine ni de la fille au cinéma. Il faut l’explorer pour se connaître et vivre en conséquence.»

C’est beaucoup de travail tout ça. On en vient à penser que les hommes sont bien plus tranquilles. «On donne aux hommes un rôle d’étalon impossible!», s’exclame Elisa Brune. Quoi? Eux aussi pâtiraient de la passivité des femmes? Allons donc discuter avec les garçons.

 
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