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11/06/2013

Rendez-vous avec Charles, le gigolo à la baguette magique

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«Le septième ciel existe, tu m’y as emmenée», «Je ne savais pas que tout mon corps pouvait vibrer comme ça, que je pouvais ressentir autant de plaisir», «Je n'avais jamais pensé que ça puisse être si bon avec un inconnu!» Le livre d’or de Charles regorge de commentaires tout aussi laudateurs de femmes qui ont franchi le pas: faire appel à un gigolo, un «escort de classe pour dames» le temps d’une heure ou d’une nuit. Et elles ne le regrettent pas.

C’est en lisant le (formidable) ouvrage d’Elisa Brune, La Révolution du plaisir féminin : sexualité et orgasme (éd. Odile Jacob), que j’ai découvert Charles. L’homme qui peut faire jouir n’importe qui. Voilà qui a attisé ma curiosité. Son site internet, «un petit arbre dans la forêt de pénis du Web» comme il me le confiera ensuite, rassure: rien de glauque ni de pornographique mais des arguments solides pour convaincre la cliente potentielle et des tarifs affichés clairement. 150 euros de l’heure, tarifs dégressifs. «Ce n’est pas réservé aux personnes fortunées, corrige immédiatement Charles. L’image de la femme de millionnaire qui s’ennuie parce que son mari est toujours parti, je n’y ai jamais été confronté. Certaines me demandent de leur laisser quelques mois pour économiser, ce n’est pas lié à un milieu ou une classe sociale».

Basculer du «Cordialement» au «Bisous»

Charles est réactif: ma demande d’interview par email obtient vite une réponse positive, même s’il précise tout de suite qu’il ne veut «ni d'interview parlée ni filmée». Discrétion oblige, Charles restera sans visage pour les lecteurs, et pour moi jusqu’au jour de notre rencontre. Ce qui n’empêche pas de nouer un contact chaleureux: les premiers emails policés basculent vite du «Cordialement» vers le «Bisous». Pas de doute, Charles sait vous faire sentir attendue, presque désirée. Et même si l’on sait que cela fait partie de sa «méthode», on ne peut s’empêcher de se prendre au jeu.

La veille de notre rendez-vous à Bruxelles, où il exerce ses activités en toute légalité, Charles était passé de l’email au SMS. Les détails pratiques sont calés: nous nous rejoignons dans un hôtel, directement dans la chambre, comme il le fait avec ses clientes pour éviter une «transition lourde entre la prise de connaissance et le moment où l’on passe à plus d’intimité»: «Ce moment du "on va y aller maintenant" n’est pas top, m’explique-t-il. Et après il y a toute la distance jusqu’à l’ascenseur, tout le trajet dans l’ascenseur où même moi je ne sais pas trop quoi faire ou dire, puis le trajet jusqu’à la chambre …» Mieux vaut éviter ces moments où chacun regarde ses pieds. Car même Charles s’avoue tendu, avec une «envie de bien faire» qui lui procure aussi un certain plaisir: «Le jour où je sentirai que c’est la routine d’attendre quelqu’un dans une chambre ou que j’aurais la sensation de faire quelque chose qui est contre mon envie ou ma volonté, j’arrêterai», assure-t-il.

«Intense» et «chouette» sur le bout de la langue

Charles arrive, la petite quarantaine grisonnante, habillé «casual» mais chic, ni grand ni petit, ni gros ni maigre, yeux gris, bref un physique pas désagréable à regarder mais pas celui d’un George Clooney d’Outre-Quiévrain. L’interview révèle un homme posé, visiblement cultivé, très loin de l’image du jeune gigolo qui vend ses charmes aux riches épouses délaissées. Il fait preuve d’un indéniable recul sur son activité et certains mots reviennent souvent dans sa bouche, comme «intense» et «chouette», qui reflètent bien le plaisir qu’il prend à être gigolo.

Pour comprendre Charles, il faut se plonger dans son histoire personnelle. Un mariage très jeune, un divorce presque aussi jeune, une trentaine commencée avec une folle envie de liberté et des rencontres, beaucoup de rencontres. Mais aucune envie de s’engager à nouveau. «J’ai fait beaucoup de mal à plusieurs personnes qui voyaient en moi un partenaire intéressant pour continuer, avoue-t-il. De mon côté, je voulais continuer ce genre de  vie-là, d’autant plus que je recevais beaucoup de compliments sur la façon dont je concevais l’acte amoureux, j’entendais souvent «on ne m’a jamais fait l’amour comme ça» ou «toi tu sais comment fonctionne une femme». Il me fallait juste un parapet de sécurité par rapport aux sentiments et j’ai pensé naturellement à l’argent. Ça me permet de dire que c’est une activité et qu’il ne faut pas trop que l’on s’attache.»

Il n’empêche, certaines clientes ont quitté les bras de Charles avec regret, allant parfois jusqu’à lui déclarer leur flamme: «Dans ces cas-là, on se rend très bien compte tous les deux que c’est un leurre, car j’ai une relation quasi parfaite avec elles: il n’y a que les bons côtés». Exit les chaussettes du mari qui trainent par terre, exit les rencontres hasardeuses et les déceptions qui vont avec, exit les risques d’un amant qui vient sonner à la porte du domicile conjugal. Et même parfois, adieu aux scrupules: «Il y a des femmes qui me disent qu’elles aiment leur mari, qu’elles ne veulent pas lui faire de mal, mais qu’elles ont juste besoin de faire l’amour, de partager de l’intimité ou de se sentir désirée. C’est très hypocrite mais elles ont aussi la sensation de ne pas vraiment tromper, puisqu’il n’y a pas de sentiments», reconnaît Charles. A tel point que le mari est parfois consentant, comme cet homme d’affaires constamment en déplacement qui préfère payer des nuits avec Charles à sa femme plutôt que de craindre qu’elle prenne un amant.

Faire du bien, à tous les niveaux

Le manque de relations sexuelles dans leur relation «officielle» ou parce qu’elles sont célibataires est bien sûr la raison principale pour laquelle les femmes font appel à Charles. Ou plutôt «le manque d’attention et de tendresse», comme il le dit. Les femmes viennent aussi par «envie de recevoir et de ne pas se sentir obligée de donner, avoir un moment pour soi, ne plus penser au quotidien». Charles rencontre également des femmes aux «historiques lourds d’inceste ou de viol». Le ton se fait beaucoup plus sérieux quand il évoque son travail avec un centre de sexothérapie et de psychologie liée à la sexualité. «Quand ils pensent qu’une de leurs patientes est prête à passer à quelque chose de plus pratique, tout en étant sûre qu’elle ne se mettra pas en danger et qu’on ne foutra pas en l’air toute la thérapie qu’il y eu avant, ils parlent de moi, donnent ma carte, suggèrent. Et moi, inversement, quand je note que la personne peut avoir besoin de parler, je lui recommande d’aller au centre.» Une des clientes de Charles, à peine trentenaire, lui a avoué fêter maintenant deux anniversaires: celui de sa naissance et celui du jour où elle a fait l’amour pour la première fois avec lui, après des années de viol par son père. Voilà ce qui distingue Charles «du type qui cherche le coup qui rapporte»: l’envie de faire du bien, physique et moral, de «se consacrer au plaisir de la femme» au-delà de tous les clichés qui peuvent perdurer sur son métier.

En matière de clichés, pas besoin d’avoir un physique de rêve ou d’avoir lu tous les manuels sur la sexualité féminine pour être un bon gigolo: psychologie et empathie sont bien plus importants. «Je n’ai jamais acheté un bouquin qui disait comment faire jouir une femme, dit-il. Je n’en ai pas écrit non plus car j’aurais du mal à phraser tout ça. J’ai en revanche lu plein de choses à gauche ou à droite que j’ai retenues, et puis c’est la pratique qui vous améliore: voir si ce qui fait du bien à l’une marche chez l’autre, identifier les rares stimuli ou gestes qui provoquent une réponse optimale chez presque tout le monde…». Nul doute, Charles a trouvé les ingrédients de base qu’il assaisonne en fonction des goûts de chacune. Et «ça marche à chaque fois», reconnaît-il: «En mettant toute modestie de côté, je pense que je comprends plus de choses que la plupart des hommes. L’homme fait en général les choses tellement maladroitement ou égoïstement alors qu’il suffit d’être à l’écoute de ce que la femme veut, ressent, éprouve, lui donner principalement de l’attention et retarder son plaisir à soi pour qu’elle prenne du plaisir.»

Lâcher prise

Charles donne donc des orgasmes comme d’autres vendent des petits pains. Mais il admet que tout le mérite ne lui revient pas: «Il faut dire que la femme s’est préconditionnée. Au moment où l’on se voit, on sait tous les deux pourquoi on est là, il y a eu des contacts mail, des SMS, une prise de connaissance. Et  je mets beaucoup d’intensité dans ce que je fais, pour moi ce n’est pas du sexe, c’est faire l’amour.» Là réside toute la différence avec la prostitution, pense-t-il: lorsqu’un homme fait appel à une de ses «collègues féminines», c’est bien souvent pour se soulager rapidement et parfois avoir le sentiment de posséder quelqu’un pour quelques minutes. Les clientes de Charles ne sont jamais dans cette optique-là: «Je ne me considère jamais et avec personne comme un objet, assure-t-il. Souvent les femmes me demandent ce que j’aime bien ou si ce qu’elles font est bien, c’est très en retenue, très féminin comme approche.»

Entre celles qui lui demandent de leur apprendre à faire une bonne fellation et celles qui viennent accompagnées de leur mari voyeur, Charles entend souvent parler des compagnons de ces dames et de ce qui ne va pas dans leur relation. Anorgasmie ou blocage par rapport à certaines pratiques ou fantasmes que les légitimes refusent d’assouvir, les femmes peuvent se lâcher avec Charles: «Selon moi, le lâcher prise de la femme, qui est nécessaire à l’orgasme, est généré par l’homme qui doit la mettre tellement en confiance que cela devient presque inévitable. Je trouve ça très chouette d’entendre la personne me dire «Zut alors, je ne voulais pas me laisser aller jusque-là mais ça m’a submergée et je n’ai pas pu faire autrement.»

Du désir au plaisir, en un tour de magie

Charles prend visiblement du plaisir à évoquer ses souvenirs. Mais pendant l’acte, prend-il toujours autant son pied que les dames qu’il ravit? «Je prends du plaisir à chaque fois, assure-t-il. J’ai la chance de ne pas avoir de type de femme ni de critères, je vois le beau ou l’attirant dans chaque personne plutôt que de me focaliser sur ce qui ne me plaît pas. Mais attention,  tout ce qui bouge ne m’excite pas, je suis simplement dans la situation où l’on a fait grandir une certaine envie réciproque et lorsque le contact est là, on trouve forcément des choses qui nous séduisent chez l’autre». Une seule fois Charles a refusé une cliente, à cause d’une odeur corporelle dénotant un manque d’hygiène flagrant. Et seulement deux fois des clientes potentielles n’ont pas donné suite au premier rendez-vous. Le reste du temps, Charles assure trouver du plaisir avec toutes les femmes, de 18 à 70 ans. Néanmoins, il préfère que ce revenu reste annexe en conservant une activité professionnelle «officielle» qui lui permet de dire non s’il le veut et admet que si un jour, il commence à «faiblir» physiquement, il envisagera d’arrêter. Jusqu’à présent, Charles n’a jamais eu de panne et ne prend aucune pilule miracle: «Je fonctionne au désir, le mien, mais sûrement aussi celui de ma partenaire. Rien de plus excitant que de se sentir désiré».

Une heure de discussion et j’ai encore des milliers de questions à lui poser. Mais Charles sait comment me faire taire: «Si les femmes me posent la question, je leur recommande de ne pas trop raconter aux copines qu’elles font appel à moi parce qu’on est souvent très surpris des réactions négatives que cela peut provoquer, me confie-t-il. Ces réactions sont liées à des clichés, des frustrations, des envies, des jalousies, le regret de ne pas avoir le courage de franchir le pas…  Mais finalement, c’est bien que ça reste un peu mystérieux. Cela perdrait de sa magie si l’activité se banalisait.»

Le tour favori de ce magicien: donner plus de plaisir aux femmes qu’elles n’en ont jamais connu. Son truc? Une femme qui se sent désirée, regardée avec envie et bienveillance, mise en confiance et au centre de l’attention de l’autre, complimentée, chouchoutée, caressée… sera déjà sur la bonne voie vers le nirvana. Comme pour faire sortir un lapin du chapeau, s’il faut tout de même un peu de technique, c’est la mise en condition, on pourrait presque dire la mise en scène de l’acte, qui le rend extraordinaire. Même en se promettant de rester concentrée et de trouver les ficelles, on se laisse prendre à l’illusion et on en ressort bluffée. Et avec un amour-propre requinqué, comme il le promettait. «Pour recevoir Charles, on se fait la plus belle possible. Une fois Charles reparti, on EST la plus belle», écrit très justement une de ses clientes. Tout ça en un coup de baguette magique.  

Le site web de Charles: http://www.charles-gigolo.com

Commentaires

J'ai un sacré doute sur l'histoire de ce Charles, son site est louche, il se vend comme un commercial et possède l'attirail complet des phrases qu'il croit que les femmes veulent toutes entendre, les commentaires sur son livre d'or sonnent faux.. Bref, c'est sans doute un vrai gigolo mais il gonfle un peu beaucoup son histoire à mon avis !

Écrit par : raoulte | 11/06/2013

Article très bien écrit et intéressant. Levons les tabous !

Écrit par : Jeannot | 19/06/2013

Les commentaires sont fermés.

 
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