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10/07/2013

Osez passer par le désir

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Il y a des seuils plus difficiles à franchir que d’autres. Celui d’un sexshop par exemple. On s’imagine déjà dans un endroit sombre et sordide, cerné de regards vicelards, dont on sortira très vite, la tête basse cachée dans le col de veste remonté bien haut. Bien sûr, des magasins comme ça existent encore, mais pour monsieur et madame tout-le-monde, vous, moi, les curieux, les débutants et les aguerris, il existe aussi des boutiques où l’on peut entrer, discuter, être conseillé et surtout ne jamais être jugé par qui que ce soit.

Surtout pas par Mathilde, vendeuse au «lovestore» Passage du désir, avec qui je me suis immergée dans le monde du sextoy pour une journée. Elle connaît bien les sexshops glauques, puisqu’elle y travaillait avant de rejoindre les magasins violets implantés à Paris et Lille (et bientôt à Marseille). «C’est plus sympa ici qu’à Pigalle, les gens viennent souvent par curiosité, beaucoup de couples ou de copines qui regardent et rigolent», raconte-t-elle. «En six ans, nous n’avons jamais eu d’appel à l’aide d’une vendeuse à cause d’un pervers dans la boutique», renchérit Patrick Pruvot, fondateur et président de Passage du désir.

«Expliquez-moi, je n’y connais rien»

Mathilde n’a pas fait d’études de psychologie mais elle apprend au contact des clients : «Au début, on parle du produit, et petit à petit on se met à parler d’eux, ils se confient». Car un sextoy, ça ne s’achète pas comme une baguette de pain. Inutile de repartir avec une miche aux céréales si vous êtes allergiques aux graines, par exemple. Ainsi, ce jeune homme qui cherche un cadeau pour sa petite amie est orienté par Mathilde vers un jouet rigide «qui stimulera mieux la zone du point G». C’est son premier jouet, autant ne pas se rater. Ou cette dame qui veut des boules de geisha mais qui avoue «Expliquez-moi, je n’y connais rien». Mathilde et ses collègues suivent une formation d’une semaine pour orienter au mieux les clients: des objets aussi intimes doivent être choisis, entretenus et utilisés avec précaution. Mieux vaut prévenir cette dame enceinte que les vibrations en interne ne sont pas conseillées pendant la grossesse ou rappeler que la pénétration anale ne doit se faire qu’avec un objet adapté.  

Certains clients savent ce qu’ils veulent. Comme ce monsieur BCBG, la petite cinquantaine, qui demande tout de go «la combinaison résine G320». Visiblement renseigné par le site internet, il prend quand même le temps de comparer les différentes lingeries sexy en rayon. Ouverte à l’entrejambe ou pas, telle est la question. Par «pudeur», beaucoup de gens commandent sur le site web de la boutique, reconnaît Mathilde, mais elle assure que cela ne remplacera pas les boutiques en dur, où l’on peut goûter, essayer, toucher… Pour sentir la douceur d’un plumeau ou évaluer la puissance d’un vibro, rien ne vaut le réel.

«Je n’étais jamais entrée dans une boutique comme ça !»

 «Notre créneau, c’est la déculpabilisation, explique Patrick Pruvot. Nous voulons nous adresser au grand public pour que le produit se banalise». Cette politique fait des heureux, comme cette dame d’une quarantaine d’années qui vit aux Bahamas et vient faire ses emplettes de sextoys à Paris parce que «là-bas, c’est illégal». Ou ce monsieur qui semble chercher désespérément un cadeau «stimulant» pour sa femme, «qui a l’air de ne pas être très  sensible», nous confie Charlotte, jeune vendeuse du magasin.

Bien sûr, certains cachent mal leur gêne, comme ce monsieur très chic d’une cinquantaine d’années venu acheter un jouet pour madame: «Elle sait ce qu’elle veut», a-t-il asséné à Charlotte, qui a trouvé que cela semblait «lui faire mal» de venir acheter ça. «Parfois les gens mal à l’aise deviennent très familiers ou agressifs, mais c’est rare», reconnaît Mathilde. Et finalement, ce que l’on aura le plus entendu durant la journée en boutique, ce sont des rires: ceux des copines qui viennent regarder les jouets ensemble, ceux de celles qui «croyaient entrer dans une parfumerie» et repartiront avec un sac bien garni, ceux de la dame qui a réalisé au bout de vingt secondes qu’elle «n’était jamais entrée dans une boutique comme ça» ou ceux de ce couple ravi d’être là et qui trouve que des objets «pour le plaisir, il n’y a rien de plus sain».  

Le site web de Passage du désir : http://www.passagedudesir.fr/

 

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