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07/10/2013

Quand la langue française s’empare du sexe : 369 expressions pour «le» dire

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«Qu’a faict l’action génitale aux hommes, si naturelle, si nécessaire, et si juste, pour n’en oser parler sans vergongne [honte], et pour l’exclure des propos sérieux et réglés? Nous prononçons hardiment tuer, desrober, trahir; et cela, nous n’oserions qu’entre les dents.» On ne saurait contredire Montaigne qui, dans ses Essais, soulignait déjà le tabou qui règne sur la sexualité. Mais l’avantage d’un sujet que l’on n’ose aborder franchement, c’est qu’il donne naissance à un vocabulaire très riche. Sylvie Brunet a relevé dans son dictionnaire, intitulé Les doigts de pied en bouquet de violettes (ed. de l’Opportun) pas moins de 369 expressions pour ne pas dire la chose.

«Pour contourner le tabou, on a multiplié les expressions figurées et les images, parfois assez crument, d’autres fois dans un langage plus châtié», explique l’auteur. Si une femme «accordait ses dernières faveurs» dans Le Tartuffe de Molière, elle peut aussi «courir l’aiguillette» jusqu’à «passer à la casserole». Bienheureuse celle qui se fera «récurer le chaudron» ou «fendre la marmotte» jusqu’à en faire «baver le minou», mais frustration garantie pour celle qui se sera fait «laisser à la comédie» sans avoir «vu les anges».

Jouons de la braguette

Tous les domaines, de l’art à la guerre, en passant par l’économie, la musique ou la cuisine, ont inspiré les auteurs et le quidam, tous obsédés par la chose sans pourtant oser la nommer. Alors que Voltaire parlait de «donner une leçon de physique expérimentale» dans Candide, on peut aussi conter fleurette avec un joli poème, comme celui de Trotterel, datant du 17e siècle:

«Tant je suis amoureux de vous, belle Clorette

C’est pourquoi, s’il vous plaît, jouons de la braguette »

Mais quand un homme «tire sa crampe», il a parfois seulement envie de «noces de chien», vite fait mal fait. Alors, après s’être fait «accorder la flûte», il «plantera son poireau» mais mieux vaudra pour lui «être ferme des rognons». Sinon, il risque «d’aller trop vite à l’offrande et faire choir le curé» et ces dames pourraient refuser une prochaine occasion de «faire coulisser l’andouillette» ou de «tremper son biscuit».

«Faire l’amour», la plus étrange des expressions?

Les expressions les plus mystérieuses restent cependant les plus usitées. Le mot con, par exemple, qui désignait à l’origine le sexe de la femme, a connu un renversement qu’on n’explique pas vraiment. [Avertissement: Féministes, accrochez-vous] «Le mot apparaît au 12e siècle pour désigner le sexe féminin, explique Sylvie Brunet. Il aurait pris son sens péjoratif vers la fin du 18e siècle mais il était déjà connoté du lien entre le sexe féminin et la folie, la déraison, la bêtise. Comme utérus et hystérie, qui sont issus du même mot.».

Et que dire du très banal «faire l’amour»: «Ce terme de faire, matériel et positif, uni à cette abstraction poétique du mot amour, m'enchantait», écrivait Françoise Sagan dans Bonjour tristesse. «On allie quelque chose de très abstrait, un sentiment, au verbe le plus concret qui soit, commente Sylvie Brunet. Mais cette figure n’était pas aberrante aux siècles passés, même si elle n’avait alors rien de pudique».

In English, c’est moins shocking

Aujourd’hui, la même pudeur nous pousse plutôt à «passer un vernis anglo-saxon» sur les mots qui nous gênent. «Il est plus facile pour une ado d’offrir un sex-toy à sa copine qu’un godemiché!», réagit Sylvie Brunet. [Les latinistes noteront au passage que le mot «godemiché» vient peut-être d’une forme d’impératif latin, « gaude mihi » , qui signifie «réjouis-moi»]. Et quand Daft Punk bassine le monde entier avec Get lucky, ils ne chantent rien moins que la vieille expression «d’avoir une bonne fortune».

Si Sylvie Brunet a un faible pour «emmener Popaul au cirque» et «faire voir la feuille à l’envers», vous êtes libres de préférer «coincer le Père Noël dans la cheminée» ou de faire pan-pan, zig-zig, zif-zif, zig-zag, tic-tac, tac-tac, plum plum tagada, crac-crac… Pour ma part, j’apprécie qu’on aille dire bonjour à Bibiche et j’ai une amie suédoise qui se fait bien beurrer le Krisprolls. Mais le dernier mot sera pour Colette Renard…


Colette Renard, Les nuits d’une demoiselle (1963)

22:52 Publié dans CULture | Lien permanent | Commentaires (4)

Commentaires

ok tout est parfait.

Écrit par : berruel | 08/10/2013

@berruel non tout n'est pas parfait. On ecrit "conter fleurette" et non pas "compter fleurette". Cette expression a d'ailleurs donne "to flirt" en Anglais, puis "flirter" en Francais.

Écrit par : DBCooper | 08/10/2013

@DBCooper: Merci d'avoir signalé cette horrible faute d'orthographe, sans doute liée à l'heure tardive à laquelle j'ai écrit ces lignes. C'est corrigé.

Écrit par : L'auteur | 08/10/2013

:-) On est apprend tous les jours.
Pour en revenir au sujet... J'ai déjà un cadeau a offrir pour Noël.

Écrit par : elliptique | 08/10/2013

Les commentaires sont fermés.

 
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