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28/04/2014

Quand l’envie s’éteint : «Plus on se force, plus on fait fuir le désir»

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Au secours, docteur: je n’ai plus envie. Parce que le corps est attaqué par une maladie, parce que la tête ne va pas bien, parce que je ne vois plus mon partenaire comme avant, il y a mille raisons pour ne plus éprouver de désir. Le docteur Ghislaine Paris, médecin sexologue à Antony, a vu défiler des centaines de femmes qui voulaient retrouver l’envie d’avoir envie.  De ces heures de consultation, elle a tiré un livre fin et encourageant, Un désir si fragile (ed. Quotidien malin). Le Dr Paris nous offre une consultation privée.

Dans votre livre, vous citez de multiples exemples de femmes ayant perdu le désir. Le plus souvent, est-ce lié à des problèmes physiques (accouchement, maladie) ou psychologiques (rupture, deuil…)?

En matière de sexualité humaine, nous sommes toujours face à plusieurs facteurs. Il n’y a pas de situation purement physique, car que l’on soit atteinte par un cancer du sein ou que l’on ait vécu un accouchement difficile, le psychique sera aussi touché: on peut tomber dans un état dépressif ou perdre la confiance en soi. Souvent, on est du côté de la mort et pas de la vie. Et de la même manière, quand notre état psychique est perturbé, cela a des retentissements physiques importants qui peuvent provoquer des incapacités à atteindre l’orgasme.  

Comment faire pour retrouver le désir? Qu’est-ce qui peut aider?

La première démarche est de savoir ce qui motive la personne qui consulte: veut-elle retrouver son désir pour elle ou pour coller à la norme ou au désir de son partenaire? Ensuite, il faut voir les différentes raisons qui l’ont conduit à perdre son désir et comment on peut agir sur une pathologie psychique ou physique. Dans de nombreux cas, il n’y a heureusement pas de cause très grave mais simplement une usure du désir, dans ce cas on va insister sur la façon de retrouver l’envie d’avoir envie. Les conseils les plus fréquents sont d’anticiper positivement l’acte sexuel, de le valoriser, de rechercher un état de confiance avec soi et l’autre, de savoir être autonome, c’est-à-dire susciter son propre désir par l’imaginaire ou par des pratiques auto-érotiques. L’imaginaire et la séduction sont les deux piliers fondamentaux du désir: il faut savoir jouer pour désirer l’autre et se faire désirer. Je rappelle aussi souvent qu’il faut sortir du mirage passionnel: on ne peut pas attendre que les choses se passent toujours comme au début de la relation. Dans tous les cas, il ne faut surtout pas essayer de forcer ou contraindre un désir: plus on se force, plus on fait fuir le désir.

On a souvent considéré que le désir féminin était très lié aux sentiments amoureux, tandis que le désir masculin pouvait être plus décorrélé de l’affectif. Est-ce vrai?

C’est un résidu du passé qui reste collé sur le dos des femmes et des hommes: les hommes étaient montrés presque comme des animaux sexuels avec des besoins et des pulsions alors que les femmes étaient plus sentimentales, romantiques, avaient besoin d’amour… Malheureusement, il y a là-dedans un fond de vérité car cela a été répété pendant des siècles et ces idées ne peuvent pas être balayées d’un revers de main. Toutefois, les hommes ont tout autant besoin d’amour que les femmes et les femmes ont aussi un corps et un sexe capable d’excitation sexuelle. Il faut se méfier de ces stéréotypes qui enferment la sexualité des femmes dans quelque chose de désincarné qui leur porte préjudice: on ne leur permet qu’une sexualité amputée. Sans nier importance de l’attachement et de l’amour, il ne faut pas oublier ou dévaloriser le plaisir que l’on peut trouver dans la sexualité.

Est-ce que la perte de désir n’arrive qu’aux femmes?

Non, ce serait une abomination de le dire, mais j’ai choisi de parler du désir féminin car il me semble que cela peut être relié à un phénomène de société: nous arrivons dans la phase de maturité de la sexualité féminine après la révolution sexuelle des années 1970. Il s’agit maintenant d’affiner les revendications et d’aller vers une auto-détermination et une autonomisation de la sexualité féminine. Le désir des hommes est aussi menacé par une perte de légitimité, une remise en question de la virilité et de leur puissance, sans compter qu’ils sont soumis à un diktat d’efficacité et de performance. Mais pour les femmes, la question du désir féminin fait beaucoup plus référence à une découverte d’elles-mêmes: elles doivent apprendre à se connaitre en tant qu’objet désirant, ne plus compter sur le désir de l’autre pour faire émerger le leur et savoir comment elles fonctionnent.

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