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11/06/2014

Julia Palombe, révolutionnaire en bas résille

Un café en terrasse, quelques paroles d’une future chanson griffonnées sur un prospectus: Julia observe les passants dans ce coin du 18e arrondissement «populaire» qu’elle habite depuis son arrivée à Paris, il y a à peine dix ans. Discrète, la jeune femme attire beaucoup plus de regards lorsqu’elle se lève, juchée sur ses talons de 14cm. «J’ai un corps de danseuse, parce que c’est ma vie», nous dira-t-elle plus tard, après nous avoir raconté comment elle est passée du Conservatoire, à l’âge de dix ans, aux ballets classiques les plus prestigieux avant de devenir chanteuse. «Quand j’ai rencontré mon compagnon, qui est compositeur, la chanson est devenu une évidence, explique-t-elle. Nous avions envie d’écrire sur le même sujet: la société vue par l’œil de la sexualité. Car le sexe est politique.»

Aux tables voisines, on commence à tendre l’oreille vers nous. Julia parle haut et clair de sexe, de vagin et de plaisir. Et cela peut encore gêner: «Quand j’ai présenté ma chanson J’aime mon vagin, certains m’ont dit que ça leur faisait drôle de simplement prononcer ce mot». Julia, elle, ne se retient de prononcer certains mots que devant son fils de cinq ans, remplaçant «fellation» par «fondation» lorsqu’elle répète à la maison. «Il sait que mon métier est de chanter mais il ne sait pas de quoi je parle. Cela viendra bien assez tôt», confie-t-elle, se félicitant d’être la jolie maman «que tous les petits garçons veulent avoir» quand elle va chercher son fils à l’école.

Un fils, un mari, des sorties d’école…. Pas vraiment l’image que l’on pourrait avoir de celle qui arpente les scènes parisiennes en talons aiguilles et porte-jarretelles: «Dans une de mes chansons, je dis que les vrais punks sont aujourd’hui ceux qui s’engagent par amour. Dans un couple libre, on créé ses propres règles. La fidélité, l’infidélité, pour moi ce sont des notions dépassées: nous sommes dans une nouvelle ère où l’on construit de nouveaux schémas de vie, il faut apporter des idées pour reconstruire le couple». S’inscrivant dans la lignée de la chanson sociologique à la Renaud, la chanteuse inclassable refuse le qualificatif de burlesque («L’effeuillage, ce n’est pas mon métier»), mais accepte celle de rock: «J’essaye de trouver une manière audacieuse de parler des corps, des fantasmes, du désir, des raisons pour lesquelles on ne se retrouve pas dans les schémas proposés.»

Julia déteste les étiquettes: celle de féministe autant que celle de pin-up. Si elle donne ses shows en talons aiguilles, c’est «parce qu’elle se sent belle» comme ça et si elle entonne «Si j’étais un garçon», c’est pour rappeler aux hommes que leur virilité a toute sa place dans nos vies de femmes libres. Les étiquettes, elle veut encore les faire valser avec sa prochaine chanson, Mama Puta, qui sera un hymne à la maman sexy qui peut faire bander son mec en berçant son enfant.  Pourtant, elle assure que ses chansons «ne sont pas du tout autobiographiques: je parle de la société dans laquelle je vis avec la sexualité pour point de mire. Entre le porno d’un côté et le conservatisme de l’autre, je suis une alternative.»

Difficile de saisir la Palombe, sauf en observant le public qui se reflète dans ce «miroir de fantasmes» : «Beaucoup de gens viennent me voir après les concerts et me glissent des choses, par exemple qu’ils n’ont jamais joui… Mais jamais personne ne m’a traitée de salope.» La preuve, pour elle, qu’un rapport sain s’établit entre elle et son public, venu chercher un imaginaire capable d’épicer un peu ses ébats. «Tout est une question d’acceptation de soi, d’écoute de l’autre, de prendre le temps de réveiller le désir. Le sexe n’est pas une question de méthode ou de savoir appuyer là ou là», martèle-t-elle.  

Du 34 au 46, ses «girls» non formatées font partie du show de Julia, comme ses musiciens professionnels et ses boys en talons hauts. Ensemble, ils mènent une «révolution pour la tolérance et la liberté» tout en douceur et en sensualité mais une révolution quand même : «Le côté sexy fait encore peur aux maisons de disque, aucune ne m’a répondu. Et les radios acceptent de passer une fois une chanson, mais certainement pas de la mettre en roulement.» Pas calibrée, Julia, hors cadre, comme un rêve érotique qui nous emmènerait sur des terrains où nous ne serions jamais allés consciemment. La  fin de la conversation sonne comme le réveil: légère comme une plume, la Palombe s’envole gracieusement vers d’autres rendez-vous, nous laissant juste l’envie d’alléger nos cœurs.

L’album de Julia Palombe, Nue, est disponible en téléchargement légal et sur son site http://www.juliapalombe.com/

 

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