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22/02/2016

Déviances sexuelles: Un cheval peut-il être «consentant et prendre du plaisir»?

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Parfois, un faits divers sordide (ou drôle selon les points de vue) peut soulever des questions quasi-philosophiques. Le faits divers, le voici, conté par des confrères nantais :

« Deux hommes de 19 et 20 ans ont été interpellés par la police, vendredi soir, après avoir été pris en flagrant délit de relations sexuelles et faits de zoophilie dans un poney club de Saint-Nazaire. Les deux Nazairiens s’ébattaient devant les chevaux mais, en plus, ils reconnaissaient des pénétrations sur au moins une jument. Elle « était consentante et prenait du plaisir », a assuré l’un des suspects aux enquêteurs, selon Presse Océan. » 20minutes.fr, 22/02/2016

Argument farfelu ? Analysons-le à l’appui de l’ouvrage Pervers, Nous sommes tous des déviants sexuels, du psychologue américain Jesse Bering paru le 12 février (éd.H&O)

Y a-t-il eu un préjudice ?

Faire des folies devant des chevaux entre hommes ne semble pas si grave que ça, juste un peu farfelu. Toutefois, cette envie dénote déjà que la présence équine excitait nos deux Nazairiens. Une déviance, donc, puisque leur sexualité semble s’écarter de la norme selon laquelle la vue d’un poney ne provoque pas de flambée de la libido. Or, comme le rappelle Jesse Bering, « la norme est un nombre et non une valeur ». Nuance importante : la norme, c’est ce que fait le plus grand nombre, pas ce que devrait faire tout le monde. Si nos deux amis sont très excités à l’idée d’être observés par Jolly Jumper, ça ne cause a priori de préjudice à personne. Jolly Jumper devrait s’en remettre.

C’est, selon Jesse Bering, cette notion de préjudice qui devrait conduire à sanctionner un comportement sexuel déviant, et non une morale à géométrie variable selon les époques et les lieux. Se frotter aux femmes dans le métro, c’est une déviance qui porte préjudice. Toucher des enfants, c’est une déviance qui porte préjudice. Manger son partenaire sexuel, c’est une déviance qui porte préjudice. Quoique : rappelez-vous le cas de ce policier allemand cannibale qui avait mangé son amant, rencontré sur un site dédié au cannibalisme. L’homme était, apparemment, volontaire pour mourir et être dévoré.  Malgré cela, le policier a été condamné à huit ans et demi de prison pour meurtre (les enquêteurs n’ont pas été en mesure d’établir avec certitude les circonstances de la mort, la défense assurait que l’homme s’était suicidé par pendaison) et pour avoir « porté atteinte au repos des morts ».

Comment obtenir le consentement d’un animal ?

S’il est possible de savoir si un être humain est consentant ou non (à avoir des relations sexuelles, à se faire manger en sauce gribiche, à se faire fouetter jusqu’à en conserver des marques), c’est plus difficile pour un animal. Revenons donc à Saint-Nazaire : la jument « était consentante et prenait du plaisir », a assuré un des suspects. Difficile de le savoir. Toutefois, si l’on considère la taille du pénis d’un étalon et celle d’un homme (même bien doté), la jument a dû ressentir au mieux une petite intrusion équivalente à celle d’un tampon hygiénique pour une femme. Vous avez déjà « pris du plaisir » avec un Tampax ? Ecrivez-nous.

Comme le note Jesse Bering, « Quel est le pire entre le responsable d’un étalon récupérant de force la semence d’un cheval de course par « électro-éjaculation » à des fins commerciales (l’opération consiste à insérer une tige électrifiée dans le rectum et à envoyer une décharge à haute tension dans sa prostate), et un zoophile masturbant gentiment son compagnon équin dans le seul but de le satisfaire ? Que le premier soit parfaitement légal et pas le second est la preuve que les lois sur la bestialité se préoccupent plus de désirs sexuels déviants d’une personne qu’elles ne le sont du réel bien-être de l’animal.» Et d’ajouter : « Ce problème délicat du consentement verbal d’un animal avant qu’il ne soit abattu pour le plaisir dînatoire d’une personne ne provoque, en comparaison, qu’une très modeste indignation. »

Le « facteur dégoût »

Alors, la jument était-elle consentante ? A-t-elle subi un préjudice ? Etait-elle flattée ou traumatisée par  ces caresses ? En France, les « sévices de nature sexuelle envers un animal domestique » sont punis de deux ans d’emprisonnement et 30.000 euros d’amende. Un sévice est un mauvais traitement. « Il est assez facile d’écarter l’idée de cruauté quand, par exemple, un chien  se met sur le dos, il est assez évident qu’il est consentant, ou ce que décrit Bering d’un rapport entre un humain et une ânesse : du point de vue de la bête, c’est comme si elle ressentait une paille dans son rectum », commente le psychiatre Christian Giroux en postface de l’ouvrage. « D’autant que si l’on devait condamner cela, il faudrait aussi condamner tout ce qui relève de la procréation artificielle, ajoute le renommé biologiste Pierre-Henri Gouyon. En tant qu’agronome, j’ai pu participer à des inséminations de vache. Pour guider la canule dans la vache, on rentre le bras profondément dans l’anus et on passe la canule dans le vagin puis on guide la canule en utilisant la proximité entre le rectum et le vagin. Donc je vois difficilement comment un acte sexuel entre une vache ou un animal de cette taille-là pourrait être considéré comme un mauvais traitement. Mais dans le cas d’un chat ou d’un hamster, le cas de mauvais traitement est plus net. » Tout est relatif.

Pourquoi la zoophilie nous choque-t-elle, dans le fond ? Parce qu’elle est « contre nature ». Jesse Bering explique que la sexualité est quasiment l’unique domaine dans lequel des faits sont « présumés préjudiciables » parce que « contre nature », « intrinsèquement mauvais ». Mais aucune explication rationnelle ne vient étayer la condamnation de ces actes. Seul le « facteur dégoût », purement émotionnel, peut la justifier. Mais le dégoût, lui aussi, est loin d’être universel. Reste à savoir si notre jument regrettera ses parties fines avec les deux Nazairiens zoophiles.

17:48 Publié dans CULture | Lien permanent | Commentaires (0)

 
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