Avertir le modérateur

21/05/2013

«Les femmes désirent le désir de l’homme»

Sur les traces du plaisir – Episode 2

Lire l’épisode précédent, «Des femmes comblées»

barbie.JPG

Un vendredi après-midi de mai, à Bruxelles. Le Manneken Pis exhibe toujours son pénis aux touristes et les frites sont toujours pleines de mayonnaise. Des clichés parmi tant d’autres, qu’Elisa Brune, l’auteur de La révolution du plaisir féminin, sexualité et orgasme (ed. Odile Jacob), aimerait bien dézinguer. «Les ados entretiennent des conformismes effrayants: un mec qui drague, c’est un Don Juan, une fille qui drague, c’est une salope. Allez parler à une fille de 15 ans, elle vous dira qu’elle n’ose pas se toucher parce que c’est sale.»

Pour la journaliste belge, qui a fait le tour du monde des pratiques sexuelles et de l’épanouissement féminin, les femmes seraient victimes d’un syndrome de Stockholm vis-à-vis de leur libido: mise sous cloche par une société phallocratique, elle a peur de se libérer. «Une femme peut parfaitement ignorer le plaisir, avoir une sexualité sans intérêt et sans orgasme. Et même dans des couples égalitaires et ouverts, les femmes qui ont des motifs d’insatisfaction n’arrivent pas à le dire. C’est d’une tristesse infinie.» Parler, on pensait pourtant que c’était un truc de filles. Encore un cliché qui en prend un coup.

Va falloir s'activer

«Les filles ont ajouté des chapitres dans la séduction sexuelle, par les vêtements ou la chirurgie esthétique, mais elles refusent toujours de revendiquer leur plaisir, poursuit Elisa. Elles ont tellement appris à être passives, à ne pas prendre de décisions au lit, qu’elles attendent toujours le prince charmant qui va leur mettre le feu». Mesdames, pour trouver le plaisir, il faudrait donc s’activer un peu plutôt que de faire l’étoile de mer. «Quand je parle d’être active, ce n’est pas bêtement dire que c’est elle qui choisit la position, précise la journaliste bruxelloise. C’est aller vers ce qui fait du bien. Un exemple: une femme qui se met en position d’Andromaque, c’est-à-dire qui chevauche l’homme, et se lance dans un mouvement de piston, elle est active à rechercher quoi? L’éjaculation du mec. Elle s’instrumentalise elle-même alors que si elle bouge pour elle, ça ne va pas faire jouir le mec,  mais ça lui fera du bien à elle. Or, les femmes ne le font pas de peur qu’il s’impatiente ou s’ennuie… On est toujours dans la même situation où les hommes désirent les femmes et les femmes désirent le désir de l’homme.»

Combler ces messieurs serait donc l’écueil dans lequel bon nombre de femmes tombent, au détriment de leur propre plaisir. Mais pour prendre leur pied, encore faudrait-il que les femmes sachent où il se trouve. Et l’anatomie n’est pas vraiment de leur côté. «Le vagin est une belle au bois dormant», nous conte le sexologue Gérard Leleu. J’ai très envie de savoir qui va venir l’embrasser pour le réveiller.

20/05/2013

Sur les traces du plaisir - Episode 1

Quatre-vingt-quinze fois sur cent… On connaît le refrain. Heureusement, mesdames, vous êtes toutes dans les 5% de femmes comblées. Et vous, messieurs, vous faites tous partie des 5% qui savent mener leur amante à l’orgasme. Evidemment.

Libération de la femme, matraquage de sexualité dans les médias, banalisation du porno et des sex-toys n’ont pas réussi à délier les langues: ne pas prendre son pied, ça n’arrive qu’aux autres. Les «mal-baisées»? On en rigole bien. Et les mauvais coups? Pas de ça chez moi. Pourtant, derrière l’anonymat d’un sondage, la réalité est moins sexy: une étude publiée en mars 2012, réalisée sur 3.000 femmes françaises hétéros de 16 à 80 ans en couple, révèle que seulement 16% des femmes ont un orgasme à chaque rapport sexuel, contre 90% des hommes.  

Le plaisir ne se trouverait donc pas si facilement sous la couette. Mais où est-il caché? Derrière le mystérieux point G de ces dames? Entre les pages du Kamasutra, après la binette suédoise et avant la montagne qui fume? Sous un canard vibrant? A côté de la boite de Viagra?

Tout SEXplique s’est lancé à corps perdu à la recherche du plaisir, de la Seine-Saint-Denis à Bruxelles, en passant par des cabinets de sexologue et des coachs en séduction. A suivre toute la semaine.

 

Des femmes «comblées»

article_softSM.jpg

Un vendredi soir de mai, à Rosny-sous-Bois (Seine-Saint-Denis). Canapés au tarama en forme de cœur, mousses de jambon à la crème fouettée et cacahuètes grillées: l’apéro est prêt chez Sophie* et Delphine*. Les deux jeunes femmes attendent leurs copines pour une soirée entre filles. Mais ce soir, il y aura aussi une invitée spéciale: Gaëlle, venue avec sa lourde valise rose pleine d’accessoires oblongs, de dentelle fine et de cosmétiques parfumés.

Du septième ciel à la liste de courses

Les amies de Delphine vont assister à leur première réunion Tuppergode. Pardon, à une vente à domicile de «beaux objets du bonheur». Les quatre invitées arrivent les bras chargés de victuailles, on papote, on rigole beaucoup, et après quelques verres d’Oasis, les langues se délient. Aurore*, 22 ans et un air de jeune fille sage, avoue posséder des menottes à la maison et un sex-toy «bas de gamme qu’on m’a offert et que je n’ai jamais utilisé». En couple depuis six ans avec Benjamin*, elle n’a connu que lui comme amant. Mais cela ne lui pose pas de problème: «Je suis comblée donc je ne me pose pas la question de savoir comment ce serait avec un autre», confie-t-elle.

Comblée? Mais qu’est-ce que ça veut dire? Un grand sourire aux lèvres, Nadine, mariée depuis 22 ans, nous dit que son mari «est très soucieux de savoir si j’ai du plaisir, si je suis satisfaite. Il n’est pas égoïste à ce niveau-là». Toutes les filles acquiescent (les veinardes): leurs partenaires les comblent. Waouh. Alors elles prennent leur pied à chaque fois? Un «Non, quand même pas!» spontané et unanime fait redescendre l’assemblée du septième ciel. «Parfois on est fatiguée, on veut aller se coucher le plus vite possible…», commence à expliquer Laura*, une belle femme de 35 ans. «On pense à la liste de courses», renchérit Aurore. «Et c’est là qu’on passe à la simulation pour que ça aille plus vite et qu’on puisse dormir», finit par lâcher Laura.

Dans les starting-blocks vers l'orgasme

Nous y voilà. Les femmes simulent ou pensent à autre chose tandis que les hommes sont toujours partants pour une partie de jambes en l’air qui les mènera à coup sûr au nirvana. Des clichés qui ont la peau dure mais qui rassurent car ils évitent à chacun de se sentir en-dehors de la «norme», estime le sexologue Jacques Waynberg. «En matière de sexualité, on nous a donné le sentiment que la norme est la réussite, qu’il est facile de l’atteindre et que ceux qui n’y arrivent pas sont nuls», nous explique-t-il. Des bande-mous ou des femmes frigides, en somme.    

Bien équipés de nos idées reçues, nous nous lançons donc dans une course à l’orgasme où chacun se vante d’arriver en tête. Et les filles, toutes libérées qu’elles disent être, sont tombées dans ce jeu de celui qui aura le plus gros (orgasme): «Les filles ont tort d’être sensibles à ce courant, s’indigne Jacques Waynberg. Il y a un challenge entre elles dès l’adolescence, qui est de jouir en acceptant d’être pénétrée. Elles se rebellent très rarement de la vision masculine de la sexualité, de l’homme qui «fait jouir» la femme. Il faut que les filles se battent pour comprendre leur sexualité.»

Alors, ce ne seraient pas les hommes qui n’auraient rien compris? Les filles aussi auraient leur part de responsabilité? La question méritait d’être posée à l’auteur de la bible de la sexualité féminine, Elisa Brune, journaliste belge auteur de La révolution du plaisir féminin, sexualité et orgasme (ed. Odile Jacob).  Allons parler clitoris et société phallocratique dans la capitale des moules-frites.

A suivre...

*Les prénoms ont été modifiés.

 
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu